jeudi 1 août 2013

Ibiza ou « le danger c’est les autres »

Quatre petits jours à Ibiza qui ne nous auront pas laissés en voir grand chose.
Nous sommes arrivés dans la cala Portinatx après un peu plus de 24h de nav depuis Mahon qui se sont déroulés sans problèmes en longeant la côte est de Majorque. Ce mouillage nous a enchanté et laissé présager une bonne semaine sur Ibiza.
Le lendemain, avec des vents favorables, nous renvoyions les voiles direction la baie de San Antonio, camp de base idéal pour une visite éventuelle de l’île.

Mouillage de San Antonio

Ce mouillage est assez vaste et protégé de tous les vents excepté le nord ouest.
Après un ancrage en douceur dans le mouillage un peu encombré nous sommes descendu à terre pour découvrir une ville faite sur mesure pour la jeunesse décadente anglaise.
Là-bas, l’apéro commence à 9h du mat et se finit sensiblement à la même heure le lendemain. Les rues sont bondées de jeunes en maillots fluo, gonflant leurs pecs pour la gente masculine ou exhibant leur poitrine siliconée sous des micros bouts de tissus pour les filles. Les hauts-parleurs dégueulent leur musique techno à tous les coins de rue et le mot d’ordre est de faire n’importe quoi jusqu'à épuisement sans jamais descendre à moins de 2 gr d’alcool dans le sang.
Le soir où l’on est descendu, c’était soirée tigre (grrr) dans toute la ville… ambiance électrique pour une jeunesse désabusée en recherche de repères, qui nous a fait nous sentir vieux et très très loin…
Mais bon, apparemment, la ville d’Ibiza à quelques kilomètres de là, vaut quand même le détour, alors on décide de rester prévoyant une visite le surlendemain.
Seulement voilà, les choses ne se sont pas vraiment passées comme prévu.
Dans la deuxième nuit au mouillage, la météo prévoyait une petite force 4-5 de secteur Sud Ouest. Qu’à cela ne tienne, on a envoyé un peu plus de chaîne (40 m dans 6 m d’eau) et on se dit qu’on sera vigilant si le vent se lève.
Dodo pour tout le monde donc, tout en gardant un œil ouvert…

A 4h du matin, réveil brutal par un choc sur la coque.
Allons bon, qu’est ce qui se passe ?
Sortie rapide sur le pont pour voir un bateau espagnol d’une douzaine de mètres collé sur notre avant tribord. Il n’y a pourtant pas encore tant de vent que ça, mais avec leurs techniques de mouillage très amateurs-ish, ce n’est pas étonnant que les saisonniers locaux dérapent dès le moindre souffle. On n’a juste pas eu de chance que celui-ci vienne nous chatouiller les flans. Bon, plus de peur que de mal, il repart avec des dommages se limitant à un petit scratch sur la coque qui devrait être rattrapable avec du polish et de l’huile de coude. Tout va « encore » bien.
Seulement voilà, dans la demi-heure qu’a duré l’événement, le vent est monté et a tourné à l’ouest laissant le mouillage ouvert. C’est maintenant un 20 noeuds établi et un clapot court de 1m qui nous fait tanguer. On est confiant dans notre ancre, mais après on ne sait jamais, d’ici qu’un autre espinguoin décide de venir nous voir de trop près, on préfère rester dans le cockpit en veille.
Quelques pare-battages sont mis à l’avant et à l’arrière et on se prépare un petit café pour se tenir éveillés.
Vers 5h30, un ketch espagnol de 18 m qui était jusqu’alors ancré sur notre tribord, se rapprochant dangereusement du bateau derrière lui, décide de relever l’ancre. Et là, tout s’enchaine très vite. Après avoir récupéré leur ancre, ils mettent la barre à tribord voulant passer quelques mètres devant nous, mais n’ayant pas tenu compte de leur dérive perpendiculaire au vent, ils se retrouvent rapidement sur notre chaîne (qui se prend entre leur quille et leur gouvernail) puis sur notre étrave. Notre main de fer (bout soulageant le guindeau) se coince dans leur hélice qui s’arrête net, et on se retrouve entremêlé avec notre étrave labourant leur arrière babord. Sous la pression, notre balcon en inox, qui faisait office de pare-choc cède et se plie, notre ancre dérape sous la pression des deux bateaux maintenant collés, et nous voilà dérivant non-manoeuvrant dans un mouillage bondé. Pendant que je suis à l’étrave essayant de séparer nos deux coques, Corinne est à la barre essayant de jouer du moteur pour nous espacer. En quelques secondes, nous arrivons sur un autre bateau qui alarmé par les cris de Corinne tente une manœuvre d’évitement mais se fait cogner à plusieurs reprises par le 18 m.
Heureusement, l’ancre du bateau nous ayant abordé (et que le skipper avait rejeté dans la panique) trouva enfin une accroche, et les trois bateaux stoppèrent enfin leur danse folle à une centaine de mètres de la plage par 3 mètres de fond… gloups.
La situation se stabilisant, on décide tous d’attendre le lever du jour (et enfin prendre notre café « nom de diou »).
Bilan des courses, notre balcon est salement endommagé (et devra probablement être remplacé), quelques scratches sur la coque et notre feu de navigation avant fait maintenant face à l’arrière… c’est-à-dire presque rien en comparaison de ce qui aurait pu se passer…

Nouveau design du balcon

Notre responsabilité n’est heureusement pas engagée et la faute incombe entièrement au voilier espagnol. Maintenant c’est aux assurances de jouer…
Le bon côté est que cette aventure nous aura permis de rencontrer les propriétaires du beau catamaran français sur qui nous avons dérivé. Jacqueline et Jean-Pierre sont de jeunes retraités qui comme nous ont décidé de vivre sur l’eau. Nous avons très vite sympathisé autour d’un café, puis d’un apéro… Une de ces rencontres improbables à terre mais que nous affectionnant tout particulièrement depuis le début de notre aventure. Ils se dirigent également vers les Canaries après la saison, donc espérons que nos sillages se recroiseront.

J’écris ces lignes alors que nous faisons route vers Valence par calme plat. On devrait trouver là-bas tout le savoir-faire nécessaire pour lancer les réparations adéquates et redonner à notre Avocet sa fière allure.
Valence est aussi l’escale où les parents de Corinne nous rejoindront pour partager avec nous quelques jours à bord.

Fiesta in Barcelona

Cette étape n'était pas au programme de notre périple pour la bonne et simple raison que dans nos plans initiaux juillet signifié pour nous "la découverte des Amériques" tels des Christophe Colomb en mal d'exotisme !

La traversée de Port de Soller à Barcelone fut sans encombre avec un point d'orgue au lever du soleil où nous entendîmes, puis vîmes 2 masses géantes dessinées un large sillage à quelques dizaines de mètres seulement de notre étrave !
(Règle de navigation élémentaire = Quand une baleine arrive sur tribord, elle est prioritaire ; quand elle arrive sur babord, … elle l’est aussi ! PS : la règle s’applique doublement quand il y a en 2 !!)

Arrivée a Barcelone

Un tour chez le coiffeur s'impose peut-être Cap'taine ?!

Nous arrivons donc à Port Olympic, ancienne base des sports nautiques des JO de 92 sous un soleil de plomb. A peine le temps d’amarrer Avocet correctement, que voilà l’équipage parti à l’assaut des Remblas pour rhabiller le Cap’taine par 37°C.
Tout s’est ensuite enchaîné très vite.
Fiesta le soir même, fiesta le lendemain pour le mariage : la mariée était la plus belle incontestablement !
Bon délirages, défoulage sur le dance floor, décuvage sur la plage au petit matin, baladage des bouteilles de Champagne, apérotage sur le bateau… Bref beau Mariage !!
Nous n’avons rien vu de Barcelone et pourtant l’escale était une pure réussite avec de nouveaux amis à la clé !

Nous avons même embarqué le Poète (Sté pour les intimes) et le Traitre (Guigui de son surnom) pour notre retour sur Minorque et des retrouvailles avec les jeunes mariés 2 jours après les festivités !!!


Guigui en grand travail

Plus que quelques minutes et il se couche... le soleil


Arrivée à Menorca

Apéro bien mérité

La vie est pleine de surprises… et nous avons ainsi bénéficié d’un séjour à terre dans une villa tout confort avec piscine, clim, barbecue professionnel et décapotable pour les balades… De vraies vacances donc (surtout pour la first mate : « Enfin une douche qui rince les cheveux… et un gommage en prime… la classe !!)
Sans parler des machines à laver successives nous permettant de rattraper un certain retard = Merci les amis.


Mar, Corinne, Pierre et Seb à Ciutadella


Remontée des abysses

La villa 







Toutes les bonnes choses ayant une fin et après quelques jours de prolongation des festivités, il était temps de retrouver Avocet qui nous attendait sagement ancré à Port d’Addaya.

A peine remis de cette interlude, nous avons eu la bonne surprise de voir débarquer Mitch, Hélène et Carla sur Kit en provenance directe de Corse.
Retrouvailles joyeuses mais courtes car les vents étaient bons pour nous mener deux jours plus tard vers Ibiza.
Bien sûr le bateau n’est pas une science exacte et nous avons été retenus une nuit supplémentaire à Mahon pour cause de drisse de Grand Voile défectueuse.
Tiens !! Ca faisait un mois que nous n’avions pas eu d’avarie : Ca commençait à nous manquer.
Et hop ! le Cap’taine enfile son baudrier. Rendez-vous en haut du mât pour un tête à tête privilégié avec la réparation. Merci Mitch pour ta force herculéenne… Sans toi P’ti Mousse aurait dû s’y coller…


C'est parti pour 16m d'escalade

Plan de pont

Mitch, Carla et Hélène avec Kit dans le fond


Ca y est… tout est nickel… Prépare toi Ibiza, nous voilà !

dimanche 28 juillet 2013

Break estival !

Déjà plus de 6 mois que nous avons quitté la France. Beaucoup de choses ont changé. Pas l’équipage ni le bateau (oufff... on se rassure...), mais nos projets se sont adaptés à la réalité de la vie en mer.
Alors que de notre traboule lyonnaise, nous voyions Juillet 2013 sous la chaleur brésilienne ou quelque part dans le sud de la Mer des Caraïbes, nous nous retrouvons aux Baléares en pleine saison, à chercher une place au mouillage au milieu de la foule estivale.
Par expérience, nous ne planifions plus à l’avance.
Quelle liberté de pouvoir changer les plans du tout au tout au dernier moment au gré des rencontres, de la météo et des envies de l’équipage.
Aujourd’hui, nous rêvons de Cap Vert, de remonter la rivière Surinam ou du carnaval de Trinidad, mais qui pourrait dire ce qui se concrétisera ou pas ?

Nous sommes en voyage et c’est là le mot juste !! Contrairement à ce que qu'on pourrait penser, ce ne sont pas des vacances prolongées.
Etre en vacances et partir vivre sur un bateau à la découverte de contrées éloignées ne se gèrent pas de la même manière.
Alors oui, bien sûr, nous n’avons plus le stress du travail, des horaires contraignantes ou des rendez-vous de toute sorte qui remplissent rapidement l’agenda de tout bon citoyen qui se respecte… mais les problèmes et les obstacles existent toujours sur une vie de voyageurs des mers. La différence est que nous avons choisi cette vie et donc les contraintes ne nous sont plus imposées. Nous pourrions dire que ce sont des challenges à relever. C’est là tout le charme d’une telle aventure.
C’est pour cela que nous apprécions aussi de « prendre quelques vacances » et de laisser les tensions des derniers mois prendre le large.
Même si ce break estival s’est imposé de lui-même (arrivée au Baléares très touristique, visite de la famille, escale pour un mariage à Barcelone…), nous le savourons sous tous ses angles.

Nous sommes donc depuis fin Juin aux Baléares.
D’abord Minorque, qui nous a enchantés par son aspect sauvage. Elle est finalement peu touchée par le tourisme de masse...

Arrivée au mouillage de port Mahon

Cala Taulera

Cala Mesquida


Fornells




Mouillage de Castell

Port d'Addaya

Maisons troglodytes

... et puis Majorque, avec sa côte escarpée au Nord impressionnante, ses développements urbains hideux, ses bidochons allemands et sa horde de bateaux de location qui sont une source intarissable d’amusement quand on les regarde régler leurs voiles (sans jamais, au grand jamais éteindre leur moteur) ou jeter leur ancre pleine marche avant avec une seule fois la longueur de chaîne, pas de marche arrière pour vérifier la tenue… et s’étonner ensuite de se retrouver sur leur voisin dés le moindre souffle d’air…
Néanmoins, cela ne nous empêche pas de faire de belles rencontres. Patrice qui vit sur Moustique, son petit bateau de moins de 9 mètres, Lauriane et Alexandre sur Aloha (vieux bateau en acier), qui rentrent d’un périple de 2 ans en Atlantique en direction de leur port d’attache à Leucate et qui nous ont fait rêver avec leurs histoires d’aventure à l’autre bout du monde.

Et puis il y a eu la visite de Marie-Line et David qui sont venus une semaine partager la vie à bord.
Heureuse coïncidence, leur séjour a correspondu à notre première période de calme, ce qui leur a permis de découvrir la voile en douceur.

Torrents des Pareys

Entrée du port de Soller

Au mouillage sur la côte sauvage de Majorque

Marie Line et David appréciant les difficultés de la vie en mer

Début d'une expédition aquatique


Dîner dans le cockpit

Eaux turquoises

Corinne à la manoeuvre

En fond, la superbe cathédrale de Palma

Avocet au mouillage

Falaises de Soller

Palma, le seul endroit sur Terre ou l'on peut voir Mickey conter fleurette à la Castafiore

Scène de rue à Palma

Shopping au masculin

Shopping au féminin

Les deux soeurs

Plaisir simple

Le lendemain de leur départ, nous retrouvions nos classiques 20-25 noeuds au prés, ce qui finalement n’était pas pour nous déplaire tant Avocet affectionne ces conditions (avec mer plate et soleil en bonus, on ne va pas se plaindre !).

Voilà, la prochaine étape est Barcelone où nous participeront finalement au mariage de nos bons amis de Shanghai (contre toute attente). Malheureusement, le coût de la Marina ne nous laissera pas le loisir de rester trop longtemps dans la capitale Catalane, mais nous espérons pouvoir en profiter un peu...